Le spleen de l’herbe folle

Publié le par LaurenceB

Oh tondeuse,

Sous ta lame rageuse,

L’herbe trépasse,

Les pâquerettes perdent la tête,

Les fraises sauvages toutes y passent.

Pelouse de green platement verte,

Aucune touffe ne peut se rebeller,

Dans ce monde où tout devient ordonné.

 

Adieu herbes folles.

Leurs espoirs s’envolent.

Espoir de conquête,

Espoir de dissémination.

Tout est laminé dans l’esprit de sélection.

Toute plante non répertoriée,

Dans le catalogue du jardinier,

Est impitoyablement éradiquée.

Aux oiseaux, aux insectes,

De s’informer pour s’adapter.

Dans les jardins, la biodiversité a baissé pavillon.

 

Oh tondeuse,

Qui emplit chaque jour férié,

De ta complainte vrombissante.

Cauchemar des amoureux de nature vierge,

Des journées de farniente et de rêverie.

Tout doit être tiré au cordeau,

Tout doit être au ras des pâquerettes.

Hors la loi les herbes hautes se balançant au gré du vent,

Ce foisonnement est devenu suspect et inconvenant.

 

Dans ce grand village mondial, tout en gesticulations,

Tendu vers un modèle et une pensée uniques,

Le rouleau compresseur économique aplanit la diversité et la singularité.

Au risque de l’appauvrissement et de l’impasse.

 

Publié dans BABILLAGE

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